Manoir de Saint-Ouen près Paris

Centre du duché et ancien siège de l'Ordre des chevaliers de la Noble Maison de Saint-Ouen et de l'Etoile
 
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 Une Blanche chevalier et un chevalier blanc(hi)

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Guillaume_de_Jeneffe
Duc de Saint-Ouen
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Date d'inscription : 12/04/2008

MessageSujet: Une Blanche chevalier et un chevalier blanc(hi)   Dim 25 Mai - 16:32

Il l'avait invitée, mais il ne savait pas pourquoi. Ou plutôt si, il le savait trop bien. Tout, chez cette jeune femme, l'intriguait autant que réveillait en lui des souvenirs d'autres temps, d'autres gens. Certains devenus des légendes, d 'autres oubliés par le fil de l'histoire et des mémoires. Tous fréquentés, aimés, admirés, haïs parfois aussi. Tous ces compagnons d'une vie qui n'en finissait pas de finir, comme il aimait à le dire aux rares domestiques qu'il croisait encore, à Saint-Ouen. On aurait pu croire, et lui le premier, qu'à la fin de ses jours, il serait assailli par les supplicateurs en tout genre, vautours qui viennent mendier des faveurs à un vieillard incapable de les refuser et surtout, du moins dans leur esprit, toujours riche. C'était tout le contraire. Peut-être parce qu'il était parvenu à rapidement faire comprendre à ces valets, cuisiniers et autres métayers ce qu'il attendait d'eux. Peut-être, aussi, parce qu'ils s'étaient déjà servis dans ces coffres. Il ne le pensait pas, mais n'en aurait pas pour autant mis sa main à couper. Le bon, le fidèle Jean de Wavrin était toujours à Marchiennes, et il en recevait un courrier chaque semaine, exposant, brièvement, à la manière du vieux notaire, la situation des biens flamands. À le lire, et il n'y avait guère de raison de ne pas le croire, la situation n'était guère si catastrophique, et l'hiver qui s'éloignait rendait du cœur à l'ouvrage des sujets du chevalier de Jeneffe, comme on l'appelait par là-bas. L'abbaye de Marchiennes avait d'ailleurs accueilli trois nouveaux novices au cours de l'année passée, et les éclats de la guerre avaient, visiblement, épargné le lieu saint. Peut-être la puissance de la forteresse voisine n'y était-elle pas pour rien.

Ici, à Saint-Ouen, la situation était toute autre. Il n'avait guère pu faire de son duché - lui, duc, après avoir vécu dans le ruisseau où tombera Gavroche - ce qu'il était parvenu à faire de sa baronnie-vicomté, un fief où se marqueraient les valeurs qui avaient été les siennes, et qu'il s'était toujours tâché de ne pas trop fortement violer pour le salut de son royaume ou de son ordre. L'influence de la capitale, si proche, se faisait sentir, aussi. L'attrait de la grande bourgeoisie était fort pour les paysans qui préféraient souvent vendre quelques friandises aux courtisans qu'accepter les exigences d'un noble venu d'on-ne-savait-bien-où. Il ne s'en était pas si mal sorti, au final, mais il savait qu'il ne verrait pas l'aboutissement de son projet. Faire de Saint-Ouen une clé fortifiée de Paris. Qui sait si celle ou celui qui lui y succéderait serait en mesure d'y parvenir ?

Il avait retrouvé la force de marcher, cependant, après de longs mois de guerre contre des maux que ses médicastres ne parvenaient qu'à calmer, mais jamais à soigner. Il avait vite compris que la grande faucheuse allait enfin s'occuper de lui. Ce n'était pas effrayé, donc, qu'il passait ses semaines, entre lectures, discussions et pensées divagantes. Il avait, de son vivant, toujours fait ce pour quoi il s'était trouvé le meilleur, ou le moins médiocre, défendre l'Ordre et le Royaume. Il avait côtoyé les plus grands, à Ryes comme au Louvre, avait été estimé d'eux, récompensé d'eux. Une chevalerie, un fief flamand et une vassalité de la couronne royale, voila la forme qu'avait prise ses accomplissements. Plus d'une femme aimée, aussi. Et deux, au moins, chéries, dans des formes différentes. Une fille, enfin, dont il n'avait plus guère de nouvelles mais qui, d'après ce qu'il apprenait, vivait toujours, en retrait du monde. Là était certainement son pire échec. Les choses, pourtant, auraient pu être toute autres, mais sa disparition avait tout précipité dans le chaos. Il LES rejoindrait donc toutes et tous bientôt, après avoir tant maudit le ciel de ne pas l'avoir pris, LUI, en premier.

Ce fut ainsi au milieu de ses lectures qu'un gamin qui faisait office de messager interne au château vint l'interrompre, lui annonçant l'arrivée de la Grande Amazone. À moins qu'il ait dit chevalier de Kestel. Ou autre chose. Dans la tête du Flamand, toutes ces données s'étaient mélangées pour aboutir, logiquement, à la même personne. Mais il savait, à tout le moins, qui lui rendait visite. Il n'avait pas encore perdu la raison, même s'il sentait, par moment, ses repères lui échapper. Son esprit, à force de retrait du monde, avait parfois tendance à ne plus aussi bien répondre qu'avant. Pour autant, il savait ne plus avoir la force de retourner activement dans le siècle. C'est donc conscient de sa décrépitude prochaine, mais espérant faire son dernier voyage avant d'être devenu un débris sénile, qu'il regardait passer les jours.

Il referma le gros volume où avaient été compilés Christine de Pizan, Jean de Meun et quelques textes de Gerson. Puis, prenant appui sur le gros fut de chêne qui lui servait de canne – à cent lieues de l'élégance de la dernière compagne du Perplexe –, il se leva, poussa un profond soupir, et prit le chemin de la salle de réception où il avait ordonné que l'on conduise son interlocutrice du jour. Arrivé là avant elle, il partait de bien plus prêt, il faut le dire, il déposa sa canne dans un coin sombre de la pièce, puis se dirigea vers une une table entourée de quelques autres chaises, s'y installa et remplit deux verres de rouge de Touraine. Quand il l'entendrait arriver, il se lèverait pour la saluer, naturellement. Mais, en attendant, il prenait un peu de force. On ne savait jamais comment les choses pouvaient tourner avec la Blanche.

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